« Vivre et travailler au pays »

Cet article fait partie de la série écrite en partenariat avec le journal local indépendant Mefia Te !, pour aborder les sujets des transitions au fil de ses numéros. Vous pouvez le retrouver dans le numéro 24 du journal.

La diffusion par l’Insee fin décembre 2024 des populations de référence au 1er janvier 2022 constitue l’occasion de conduire une réflexion sur la dynamique démographique de la Basse-Marche. Les évolutions observées soulignent les enjeux économiques, sociaux et bien sûr environnementaux auxquels le territoire, ses élus et les habitants sont confrontés.

La Basse-Marche accueille 27 500 habitants. Quatre bourgs ruraux – Bellac, Châteauponsac, Le Dorat et Magnac-Laval – concentrent près du tiers de sa population. Malgré ses 1 700 habitants, Val d’Oire et Gartempe située à la lisière de la Vienne, n’est pas considérée comme un bourg rural du fait d’un habitat très dispersé lié à la fusion en 2019 de quatre communes (Bussière-Poitevine, Darnac, Saint-Barbant et Thiat) en une “commune nouvelle” .

La dispersion de l’habitat est d’ailleurs une caractéristique de la Basse-Marche. La moitié de ses habitants réside en effet dans un espace qualifié par l’INSEE de « très peu densément peuplé ».  Pour un quart des communes de Haut-Limousin en Marche, la totalité de la population vit dans ce type d’espace. C’est par exemple le cas à La Bazeuge, La Croix-sur-Gartempe, Cromac ou encore Tersannes. L’habitat est disséminé sur le territoire communal en une multitude de hameaux, souvent historiquement constitués autour d’une ferme. Certains secteurs d’habitat ne comptent qu’une ou deux maisons d’habitation – les géographes les qualifient alors d’écarts, terme pour le moins évocateur. En à peine plus de dix ans (2011-2022), la  Basse-Marche a perdu 2 200 habitants, soit 7 % de sa population. Le rythme de baisse au cours de la période récente (2016-2022) ne s’est  pas accentué, mais il reste très élevé au sein des 40 communes qui composent la communauté de communes Haut-Limousin en Marche (0,8 % par an). Bellac et Le Dorat sont d’ailleurs les deux communes dont la population diminue le plus en proportion parmi les 19 bourgs ruraux de Haute-Vienne. L’espace formé par les six communes qui composent Gartempe Saint-Pardoux semble un peu moins exposé à la déprise démographique grâce à la résistance de Châteauponsac et de Saint-Pardoux-le-Lac. La proximité de pôles d’emplois tels qu’Ambazac ou Bessines-sur-Gartempe, l’influence de Limoges et la présence du lac de Saint Pardoux n’y sont sans doute pas étrangères.

Ces évolutions démographiques ne sont guère surprenantes lorsque l’on observe la pyramide des âges fortement marquée par le vieillissement de la population. En Basse-Marche, la faible proportion de femmes en âge d’avoir un enfant (10 points de moins qu’en Haute-Vienne) pèse sur la natalité. 

Dans ce contexte, l’examen des échanges migratoires de la zone met un peu de baume au cœur. En effet, le nombre d’arrivants dépasse chaque année en moyenne d’une centaine de personnes le nombre de partants. Les informations issues du recensement de population (Question « Où habitiez-vous un an auparavant ? ») confortent cette touche d’optimisme. Ce ne sont pas seulement des retraités qui viennent s’établir en Basse-Marche. Les actifs sont aussi nombreux à s’y installer – 500 personnes par an en moyenne au cours des années 2016-2021 – qu’à en partir. Alors que subsiste parfois une image négative de notre territoire, il semble pourtant désirable puisqu’il est attractif. Mais le solde migratoire du territoire reste trop faible pour compenser l’excédent des décès sur les naissances, qui s’élève en moyenne chaque année à 300 personnes (2016-2021).

Globalement, le recul démographique qui en résulte affecte l’économie et peut avoir des conséquences négatives tant sur le plan social que sur le plan environnemental. L’emploi productif (industrie, services aux entreprises), qui dépend de débouchés pour l’essentiel situés en dehors du territoire, n’est pas directement lié aux évolutions démographiques locales. Il dépend surtout des avantages comparatifs du territoire (voies de communication, aides à l’installation, disponibilité du foncier…), de l’innovation des entrepreneurs et de la possibilité de recruter des salariés qualifiés.  A l’opposé, l’emploi présentiel, lié aux activités locales de production de biens et services (commerce, services, loisirs…), qui représente les deux tiers de l’emploi total de Basse-Marche, pâtit d’une demande locale contrainte par la baisse du nombre d’habitants. Dans ces conditions, la disparition de 400 emplois présentiels de 2015 à 2021 n’est guère surprenante. 

Un peu plus de 3 000 actifs résidant en Basse-Marche doivent sortir du territoire pour aller au travail. Pour le quart d’entre eux, qui se déplacent vers les intercommunalités Elan et le Pays Sostranien, la distance à parcourir reste souvent acceptable. Mais 1 500 navetteurs travaillent dans l’une ou l’autre des 20 communes bien plus éloignées de Limoges Métropole. 

La plupart de ces mobilités se font en voiture, faute de transports en commun adaptés. C’est à la fois coûteux en argent, dangereux et source de stress, en particulier quand le ménage doit aussi emmener les enfants chez l’assistante maternelle, à la crèche ou à l’école. Ces déplacements induisent aussi des nuisances environnementales, que ce soit en termes d’émissions de gaz à effet de serre ou de pollutions et de nuisances sonores pour les habitants des villages traversés. L’accentuation de la baisse de l’emploi présentiel aurait donc des conséquences très dommageables pour le territoire et ses habitants. Les actifs qui y résident et y exercent une profession devraient se résigner à chercher un emploi plus éloigné de leur domicile.

Par ailleurs,, la baisse de l’offre commerciale et artisanale se traduirait par un allongement de la distance d’accès aux équipements. Or, près de 40 % des habitants de Basse-Marche sont d’ores et déjà éloignés des services de proximité. Certes, la présence de maisons « France services » à Arnac-la-Poste, Bellac, Châteauponsac, le Dorat, Lussac-les-Églises et Val d’Issoire pallie en partie la disparition des services publics classiques.  Mais, face à la dispersion de l’habitat et aux difficultés rencontrées pour attirer des médecins ou dentistes, l’accès aux services de santé est devenu un enjeu crucial pour le territoire.

Face à ces enjeux, une action collective et engagée est essentielle pour préserver l’identité et l’âme de la Basse-Marche. Dynamiser l’économie locale, consolider les services de proximité et améliorer les conditions de vie ne sont pas seulement des nécessités, mais des actes d’amour envers ce territoire et ceux qui y vivent. Le maintien des commerces et des services dépend d’une consommation locale plus forte et d’initiatives solidaires qui renforcent le lien social, permettant à chacun de retrouver un sentiment d’appartenance à sa terre et de contribuer à la vitalité de cette région attachante.

En créant un cadre de vie dynamique et attrayant, le défi consiste à offrir aux habitants l’opportunité de « vivre et travailler au pays », comme le proposait ce slogan de la fin des années 70. La Basse-Marche regorge de ressources et d’initiatives qui ne demandent qu’à être valorisées. Avec une mobilisation active des acteurs locaux, il est possible de redonner un souffle nouveau au territoire, d’encourager l’installation de nouvelles familles et d’accompagner le développement d’activités économiques et sociales porteuses d’avenir. Un territoire ouvert au monde extérieur et à la diversité des cultures.

Un article écrit par Michel, amendé par Nicolas et Chloë, relu par Lucile, adhérents de Transitions Limousines

Nota bene.
L’ensemble des données sont en accès libre sur https://www.insee.fr. Leur traitement, qui a nécessité le recours à un logiciel de statistique compte tenu de la taille des fichiers et des besoins d’appariements, respecte les obligations relatives au secret statistique et à la confidentialité. Les résultats portant sur les populations de référence millésimées 2022 ont été mis à disposition par l’Insee en décembre 2024. Les données relatives à l’emploi correspondent au millésime 2021 et seront mises à jour à partir de la mi-2025. Les résultats portant sur l’accès aux équipements reposent sur la mobilisation de la base permanente des équipements. 

L’ensemble des définitions et concepts mobilisés (exemple : grille de densité pour la notion de bourg rural) sont disponibles sur le site de l’Insee.

Les calculs et analyses sont de la responsabilité exclusive de Transitions Limousines.

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