La filière agricole et agro-alimentaire du Limousin : un écosystème complexe à découvrir

Élodie est adhérente de l’association et participante active du groupe de travail sectoriel Agriculture et Alimentation. Avec ses comparses, elle a initié un travail de cartographie des filières agricoles et agro-alimentaires en Limousin : première étape indispensable avant le diagnostic complet sur lequel planche le groupe. Parce que nous voyons paître les limousines dans les prés, mais savons-nous ce qu’il se passe avant, de la formation à l’installation des agriculteurs ? Et que se passe-t-il entre le champ et notre assiette ?

En déroulant le fil du monde agricole, on découvre un écosystème complexe où les agriculteurs sont loin d’être les seuls à intervenir. Il y a d’abord la formation, souvent en lycées agricoles. Historiquement tournés vers l’élevage (notamment bovin) dans notre région, pour répondre au type d’agriculture en place, ils s’ouvrent peu à peu à d’autres filières, comme le maraîchage au lycée des Vaseix. Vient ensuite la possibilité de faire des stages ou des tests avant de s’installer.

Mais « s’installer » en agriculture en Limousin ça veut dire quoi ? Ce sont d’abord des démarches administratives auprès de la Direction Départementale des Territoires (DDT) et de la Chambre d’Agriculture. Et la recherche d’une ferme, dont la configuration dépendra de l’activité : un maraîcher n’aura besoin « que » de quelques hectares mais devra penser à l’irrigation : il faudra de l’eau en quantité suffisante sur son terrain ou à proximité (ce qui rend limité le choix de terrain car le sous sol Limousin ne stock quasiment pas d’eau et les rivières s’assèchent vite). Un éleveur quant à lui aura besoin de plus de surface et de bâtiments pour protéger son cheptel et stocker le fourrage.

©Lucile Erbs pour Transitions Limousines – Image partageable sous les conditions de la licence Creative Commons CC BY-NC-ND

Pour trouver le terrain idéal, les futurs agriculteurs qui ne reprennent pas une exploitation familiale (sur l’ensemble du territoire national, cela concerne environ 38% des chefs d’exploitations1) peuvent faire appel à la SAFER (Société d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural) qui préempte des terres qu’elle réserve à l’installation. Bien que le coût d’achat du foncier soit très peu élevé sur notre territoire, les fermes à reprendre présentent souvent d’importants bâtiments d’élevage au coût élevé et aux fonctions inadaptées pour les plus petites productions. Cela rend très difficile leur transmission ; c’est pourquoi d’autres organismes viennent compléter l’offre de la SAFER, tels Terre de liens qui achète directement des fermes et les loue à des agriculteurs, Ferme en Vie ou encore La Ceinture Verte qui louent des fermes maraîchères prêtes à exploiter. Parfois la construction de bâtiments sera nécessaire, interviennent alors certains institutionnels au travers d’aides ciblées (État, Région, Département,…). Les opérateurs photovoltaïques, nouveaux acteurs de la filière, interviennent de plus en plus, notamment via la construction de hangar recouverts de panneaux solaires mais aussi à travers le développement de panneaux en plein champ2.

Une fois la ferme idéale trouvée, il faut acquérir du matériel (tracteurs, outils…) seul ou à plusieurs grâce aux Coopératives d’Utilisation de Matériels Agricoles (CUMA). Mais il faut aussi penser aux intrants et consommables : aliments pour le bétail, engrais, eau, énergie… Là, ce sont surtout les coopératives agricoles qui accompagnent les agriculteurs. Par ailleurs, tout au long de leurs vies professionnelles, ces derniers pourront faire appel à la Chambre d’Agriculture, l’ADEAR, Agrobio, La Ceinture Verte (pour les maraîchers) ou encore le FRCIVAM par exemple, pour avoir des conseils et se former.

La production lancée, vers quels débouchés se tourner ? Certains ont recours à des grossistes, mais cela nécessite des volumes de production importants avec un prix d’achat qui parfois ne couvre pas l’intégralité des charges de production. Certaines entreprises de transformation sont présentes sur le territoire, telle que la laiterie des Fayes, Plainemaison pour la découpe, des minoteries pour moudre le blé en farine, des conserveries de viande… Mais avant cette dernière, une étape est nécessaire pour les animaux d’élevage : l’abattoir et la découpe. Le territoire compte encore quelques abattoirs, évitant aux animaux de parcourir de trop grandes distances ; certains d’entre eux sont actuellement fragilisés, mettant en péril les éleveurs (coût du transport) et le « bien-être » des animaux (attentes, durée et conditions de transport altérées…).

D’autres producteurs se tournent vers la vente directe : marché, magasin de producteur, AMAP, drive fermier… mais ces débouchés ne permettent pas d’écouler l’ensemble de la production agricole limousine et peuvent être méconnus des consommateurs. Parce qu’on ne mange pas qu’à la maison, la restauration collective (crèches, écoles, collèges, lycées, EHPAD, restaurants d’entreprises…) peut être un marché intéressant – qui nécessite cependant une logistique conséquente qui fait parfois défaut aux exploitations. La plateforme AgriLocal tente de remédier à ces freins pour ouvrir la restauration collective publique aux petits producteurs. Les restaurants sont aussi un débouché conséquent, mais là encore la logistique nécessaire freine le développement de ce type de vente. Nos agriculteurs deviennent aussi commerciaux, vendeurs, logisticiens et parfois même cuisiniers ! La transformation en directe peut être une solution, en particulier en cas de surplus, mais le Limousin manque de structures de type légumerie ou conserverie.

Bref, un écosystème foisonnant où s’entremêle une chaîne d’acteurs complémentaires pour faire venir la nourriture jusque dans nos assiettes. Et encore, dites-vous que le schéma décrit ici est simplifié et que chaque agriculteur est différent dans ses pratiques et ses productions et que chaque consommateur l’est aussi : autant de diversités qui font de l’agriculture et de l’alimentation un sujet passionnant !

Ce sujet vous intéresse ? Venez assister à la prochaine mensuelle de Transitions Limousines le 25 octobre à 18h dans les locaux de Polaris, 5 Rue de la Cité à Limoges. Nous parlerons entre autres de démographie agricole : pourquoi le nombre d’agriculteurs baisse ? Quels impacts sur le secteur agricole ? Mais aussi production : sommes-nous autosuffisants en Limousin pour produire notre alimentation ? Et bien sûr changement climatique, biodiversité et ressource en eau. Contactez-nous pour vous inscrire !


  1. Source Agreste- Rapport annuel de la SAFER : https://www.calameo.com/read/006643540bb9d5b3d4743 ↩︎
  2. Ce sujet ouvre de nombreux débats et questions, non seulement au sein de notre groupe de travail mais également avec d’autres – les groupes Énergie et Industrie par exemple. Autant de futures réflexions à vous partager ! ↩︎

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *