Elles représentent près de 30 % des chefs d’exploitation en Basse-Marche et leur nombre augmente. Les femmes agricultrices transforment silencieusement notre territoire — un éclairage précieux alors que notre concertation publique sur l’agriculture et l’alimentation en Limousin bat son plein !
Un article rédigé dans le cadre de notre collaboration avec la revue Mefia Te !
En 2020, les femmes seules ou en cogestion avec une autre femme dirigeaient près d’une exploitation agricole sur cinq en France métropolitaine. Ainsi, sans tenir compte des exploitations mixtes (dirigées conjointement par une femme et un homme), les femmes étaient à la tête de plus de 74 000 exploitations.
Aujourd’hui, on peut estimer1 à presque 300 le nombre de cheffes d’exploitation pour environ 700 hommes en Basse-Marche. Et la proportion d’exploitations agricoles dirigées par une femme devrait encore augmenter dans les années à venir. En effet, les filles représentent 45 % des élèves inscrits dans des formations agricoles (rentrée 2025). Bien qu’elles restent minoritaires dans les filières de production, beaucoup d’entre d’entre elles pourraient choisir de prendre la tête d’une exploitation après quelques années d’expérience.
Au niveau métropolitain, les exploitantes en activité sont dans les trois quarts des cas à la tête de petites ou très petites (« micros ») exploitations. Elles sont notamment moins présentes dans la culture des céréales, l’élevage des gros bovins et au contraire très investies dans l’élevage des équidés ou autres herbivores. Si elles restent le plus souvent à la tête d’entreprises individuelles, les exploitations agricoles à responsabilité limitée (EARL) ou les groupements agricoles d’exploitation en commun (GAEC) rencontrent un succès croissant.

En 2020, plus de la moitié des cheffes d’exploitation n’avait suivi aucune formation agricole. Cela découle d’une entrée en fonction à un âge plus avancé que les hommes. En effet, 40 % d’entre elles déclaraient avoir pris la tête d’une exploitation après 40 ans (contre un peu plus de 10 % des hommes). L’installation tardive répond souvent au besoin de succéder au conjoint plus âgé parti en retraite, tout en menant des démarches pour trouver un repreneur pérenne. Par voie de conséquence, trois exploitantes de 60 ans ou plus sur quatre exerçaient leurs responsabilités sans formation agricole initiale en 2020. Mais elles disposaient souvent de l’expérience acquise en tant qu’actives familiales ou salariées et pouvaient solliciter les conseils des acteurs consulaires ou de la Mutualité Sociale Agricole.
Les deux tiers des exploitantes de moins de 40 ans ont suivi une formation agricole, devenue nécessaire pour l’obtention d’aides à l’installation. Dans cette tranche d’âge, les cheffes d’exploitation ont plus fréquemment suivi des formations générales dans le supérieur que leurs homologues masculins (36 % contre près de 13 %). Pour les femmes les plus diplômées de l’enseignement général, l’accès au statut de cheffe d’exploitation peut répondre au souhait d’une reconversion professionnelle dans un environnement plus favorable à l’épanouissement personnel ou familial que celui qui prévaut en milieu urbain dense.
Environ 30 % des cheffes d’exploitation agricoles sont pluri actives. Certaines sont employées, d’autres techniciennes ou infirmières, tout en assumant leur rôle de cheffes d’exploitations. Cela peut s’avérer complexe à concilier. Mais c’est un choix dicté par la prudence face aux débouchés parfois volatils et aux aléas climatiques qui affectent les revenus agricoles.
L’apparition d’une nouvelle génération de femmes cheffes d’exploitations agricoles est un atout majeur pour le maintien d’une agriculture paysanne. La reprise d’exploitations existantes est essentielle qu’il s’agisse de contribuer à l’économie et à la vie locales, de développer les circuits courts, mais aussi de participer à la préservation des paysages.
« En 20222, une dizaine de cheffes d’exploitations agricoles déclaraient être arrivées en Basse-Marche depuis moins d’un an. Bien que modestes par leur nombre, ces installations concourent à la vitalité du territoire et sont source d’optimisme ».
Un article rédigé par Michel David
Sources
Le recensement agricole (RGA) de 2020 a permis de collecter des informations sur la superficie, les cheptels, la main d’œuvre, les modes de production et de commercialisation de l’ensemble des exploitations françaises. C’est une opération obligatoire, répondant à un règlement européen. Tous les États membres de l’Union Européenne doivent le réaliser en même temps.
Avertissement
Cet article repose en grande partie sur la synthèse du « Portrait des femmes exploitantes dans l’agriculture française » paru en 2024 dans la collection « Primeur – Agreste » du service statistique ministériel de l’agriculture3. Il n’engage ni le ministère de l’agriculture, ni l’auteur de la publication originale. Le lien ci-après permet d’accéder au document originel et aux données statistiques qui l’accompagnent.
En complément, certaines données ou analyses résultent d’une exploitation du recensement de population de l’Insee : Base du dossier complet et Fichier détail des mobilités résidentielles.
- A partir d’une exploitation du recensement de population de l’Insee (agricultrices exploitantes dans le secteur de l’agriculture de la sylviculture et de la pêche) faute de pouvoir accéder aux données du RGA pour le territoire
↩︎ - Insee – Recensement de population ↩︎
- https://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/disaron/Pri2402/detail ↩︎
